L'Apostolat de Notre Dame de Fatima




Deuxième fait
Les différentes dates de transfert

Voici ce que le frère François nous dit de la transmission du troisième secret au Saint-Office (désormais nommé Congrégation pour la Doctrine de la foi) :

Arrivé au Vatican le 16 avril 1957, le secret fut sans doute placé presqu’aussitôt par le pape Pie XII dans son bureau personnel, à l’intérieur d’un petit coffre en bois, portant la mention Secretum Sancti Officii [Secret du Saint-Office].10

Il est important de remarquer que le pape était le préfet du Saint-Office avant que Paul VI ne réorganisât la Curie, en 1967. Aussi, convenait-il tout à fait que le troisième secret fût en possession du Saint-Père, et que le coffre qui le renfermait portât la mention «secret du Saint-Office» : le pape étant à la tête du Saint-Office, ce coffre appartenait dès lors aux archives du Saint-Office.

Or la publication du Vatican intitulée Le Message de Fatima, du 26 juin 2000, identifie le texte original du troisième secret écrit par soeur Lucie avec celui qui a été transféré au Saint-Office le 4 avril 1957. En outre, l’archevêque Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi précise:

L’enveloppe scellée fut gardée d’abord par l’évêque de Leiria. Pour mieux conserver le secret, l’enveloppe fut remise le 4 avril 1957 aux archives secrètes du Saint-Office.11

Conclusion à tirer de ce deuxième fait

La différence de dates prouve l’existence de deux documents : le texte contenant la vision fut transféré aux archives secrètes du Saint-Office le 4 avril 1957 ; celui renfermant des paroles de Notre-Dame fut placé dans l’appartement du pape, qui peut être considéré comme faisant partie du Saint-Office, le 16 avril 1957.

Troisième fait
Le premier texte tient sur une simple feuille de papier

Le cardinal Ottaviani, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi in 1967, certifia avoir lu le troisième secret et qu’il était rédigé sur une seule feuille de papier. Il donna ce témoignage lors d’une conférence de presse, le 11 février 1967, tenue à l’occasion d’une réunion de l’Académie mariale pontificale à Rome.

Le cardinal Ottaviani déclara :

Et alors, qu’a-t-elle fait [soeur Lucie] pour obéir à la très sainte Vierge ? Elle a écrit sur une feuille de papier, en portugais, ce que la sainte Vierge lui avait demandé de dire au Saint-Père.12

Le cardinal Ottaviani est témoin direct de ce fait. Dans la même conférence de presse, il expliqua :

Moi qui ai eu la grâce et le don de lire ce qui est le texte du secret – mais je suis secret moi aussi parce que je suis tenu au secret ...13

Le père Alonso rapporte que soeur Lucie, tout comme le cardinal Ottaviani, atteste que le secret fut rédigé sur une unique feuille de papier :

Lucie nous dit qu’elle l’a écrit sur une feuille de papier. Le cardinal Ottaviani, qui l’a lu, nous dit de même : elle a écrit sur une feuille ...14

Nous possédons également le témoignage de Mgr Venancio, qui était alors l’évêque auxiliaire de Leiria-Fatima : à la mi-mars 1957, Mgr da Silva lui ordonna de porter tous les écrits de soeur Lucie, y compris l’original du troisième secret, au nonce apostolique à Lisbonne en vue de les transférer à Rome.

Avant de porter ces écrits au nonce, Mgr Venancio regarda au travers de l’enveloppe contenant le troisième secret, en la tenant élevée face à la lumière, et il vit que le secret était écrit «sur une petite feuille de papier.»15

Le frère Michel souligna, le premier, la valeur de ce témoignage :

Cependant, grâce aux confidences de Mgr Venancio, à l’époque évêque auxiliaire de Leiria et qui fut intimement mêlé à ces événements, nous disposons maintenant de plusieurs données sûres que nous nous garderons bien de négliger. Je les ai moi-même recueillies de la bouche de Mgr Venancio le 13 février 1984, à Fatima. L’ancien évêque de Leiria me répéta sur ce sujet, presque mot pour mot, ce qu’il avait déjà dit auparavant à l’abbé Caillon qui en a fait le récit très détaillé dans ses conférences.16

Voici, à présent, le témoignage de Mgr Venancio, tel qu’il est rapporté par le frère Michel :

Mgr Venancio raconte qu’une fois seul chez lui, il prit la grande enveloppe du secret et qu’il essaya de voir, par transparence, quel en était le contenu. Dans la grande enveloppe de l’évêque, il discerna une enveloppe plus petite, celle de Lucie, et à l’intérieur une feuille ordinaire avec trois quarts de centimètre de marge de chaque côté. Il prit soin de noter la taille de tout cela. L’ultime secret de Fatima est donc écrit sur une petite feuille de papier.17

Pourtant, le manuscrit que le Vatican a révélé en juin 2000 est écrit sur quatre feuilles de papier.

Conclusion à tirer de ce troisième fait

Voilà encore un nouvel indice tendant à démontrer qu’il y a certainement deux documents : l’un tient sur une simple feuille et l’autre en occupe quatre.

Quatrième fait
Le premier texte possède vingt-cinq lignes manuscrites

En conséquence du fait cité à l’instant, à savoir que le troisième secret a été rédigé sur une unique feuille de papier comme le stipulent les témoignages de soeur Lucie, du cardinal Ottaviani, de Mgr Venancio et du père Alonso, les frères Michel et François s’accordent pour dire que le texte ne compte pas plus de vingt à trente lignes :

... nous sommes aussi sûrs que les quelques vingt ou trente lignes du troisième secret ...18

L’ultime secret de Fatima, écrit sur une petite feuille de papier, n’est donc pas très long. Probablement vingt à vingt-cinq lignes.19 [...]

[Mgr Venancio essaya de voir] l’enveloppe [contenant le troisième secret] par transparence. Il put voir à l’intérieur une petite feuille dont il nota la taille exacte. Nous savons ainsi que le secret n’est pas très long, probablement vingt à vingt-cinq lignes.20 [...]

Or, le document rendu public par le Vatican en juin 2000 compte soixante-deux lignes d’écriture manuscrite.

Conclusion à tirer de ce quatrième fait

Cet écart indique à nouveau qu’il existe deux documents : le premier, d’une longueur de vingt à trente lignes écrites sur une seule feuille de papier ; le second, de soixante-deux lignes, réparties sur quatre feuilles de papier.

Cinquième fait
Le premier texte n’était pas encore rédigé le 3 janvier 1944

Lucie fit une première tentative pour rédiger le texte du troisième secret en octobre 1943. Mais, depuis la mi-octobre jusqu’au début de janvier 1944, elle fut empêchée d’obéir à l’ordre formel d’écrire à cause d’une angoisse inexplicable qu’elle ressentit durant toute cette période.

Tout commença en juin 1943, lorsque soeur Lucie fut atteinte de pleurésie, ce qui fit craindre au chanoine Galamba et à Mgr da Silva qu’elle ne mourût avant d’avoir révélé l’ultime secret. Puis le chanoine Galamba convainquit Mgr da Silva de proposer à soeur Lucie d’écrire le troisième secret. Soeur Lucie refusa d’abord de suivre ce conseil, ne voulant pas prendre sur elle la responsabilité d’une telle initiative, mais elle assura qu’elle obéirait si on lui en donnait l’ordre exprès. En effet, vivement troublée par la proposition, elle craignait de ne pas avoir la permission de Notre-Seigneur de révéler le troisième secret si elle n’avait un ordre formel de son évêque.

Enfin, à la mi-octobre 1943, Mgr da Silva donna l’ordre formel que demandait Lucie. Soeur Lucie se disposa alors à obéir à la demande de l’évêque, mais elle fut incapable de le faire pendant les deux mois et demi qui suivirent. Ce n’est qu’à la suite d’une intervention divine, lorsque la sainte Vierge lui apparut le 2 janvier 1944 pour la fortifier et lui confirmer que telle était la volonté de Dieu, que soeur Lucie se sentit capable de surmonter ses réticences e de rédiger le secret.21

Et ce n’est que le 9 janvier 1944 que soeur Lucie écrivit la note suivante à Mgr da Silva, pour l’informer que le secret était enfin rédigé :

J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; le bon Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté ; [le texte] est cacheté dans une enveloppe et celle-ci est dans les cahiers.22

Pourtant, le manuscrit du troisième secret que le Vatican a publié en juin 2000 indique que le texte original du troisième secret fut rédigé le 3 janvier 1944, d’après la date qui apparaît à la fin des quatre pages manuscrites de soeur Lucie.23 Au reste, Mgr Bertone dit que «la troisième partie du secret fut écrite “sur l’ordre de son Excellence l’évêque de Leiria et de la sainte Mère” le 3 janvier 1944.»24

Conclusion à tirer de ce cinquième fait

Vu les difficultés que rencontra soeur Lucie pendant deux mois et demi, ne devait-elle pas tenir informé Mgr da Silva dès que le texte était prêt ? Si elle a effectivement achevé d’écrire le 3 janvier, pourquoi aurait-elle attendu jusqu’au 9 pour en informer son évêque ?

De cette constatation nous pouvons conclure que le troisième secret ne fut pas écrit avant le 9 janvier 1944, ou fort peu de temps avant.

Cette différence de dates démontre à nouveau que nous sommes en présence de deux documents. Celui qui relate la vision fut achevé le 3 janvier 1944. Celui qui est porteur du message de Notre-Dame et qui interprète la vision fut achevé le 9 janvier 1944 ou peu avant.

Il faut reconnaître que cette conclusion est une preuve conjecturale. Mais les spécialistes de Fatima en sont réduits à argumenter de cette manière car les autorités de Fatima diffèrent sans cesse, depuis 1976, la publication es travaux du père Joaquin Alonso, riches de 5 000 documents répartis en quatorze volumes, résultat de onze années de recherches sur la période qui va des apparitions à 1976. Le père Alonso fut l’archiviste officiel de Fatima pendant seize ans.

Toutes les autres conclusions de cet article cependant, mise à part celle du dixième argument, ne dépendent pas d’éléments simplement conjecturés.

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